Autre avis pour votre éducation, et la remarque est de mon secrétaire, homme de grand goût, comme vous le savez, et de grand exemple, et spécialement chargé par Mademoiselle d’Ussé de vous former dans l’usage du monde : c’est, quand vous parlez, de ne pas vous mettre le corps en deux, comme un prêtre qui dit le Confiteor à l’autel. »Ce samedi 3 juin (1769)
D’abord, monsieur, vous avez tort de ne pas dater vos lettres : c’est un avis très important que je vous donne, dussé-je plier le corps en deux pour vous le donner. (Juillet 1769)
Et moi aussi, monsieur, me voilà à la campagne ainsi que mon secrétaire (qui vous salue) et c’est en vérité comme si j’avais fait le tour du monde, tant le déplacement est désagréable pour moi. Au Boulai, par Nemours, ce 9 septembre (1769)
Venez à mon secours, monsieur, j’implore tout à la fois votre amitié et votre vertu. Notre ami, M. d’Alembert est dans un état le plus alarmant ; il dépérit d’une manière effrayante ; il ne dort plus, et ne mange que par raison ; mais ce qui est pis que tout cela encore, c’est qu’il est tombé dans la plus profonde mélancolie. Ce vendredi, 27 juillet 1770
Ma santé est toujours misérable. Je ne suis pas trop contente de celle de M. d’Alembert : il est abattu et triste depuis quelques jours ; il s’est remis à travailler et je crains qu’il ne retombe dans le même état où il était l’année dernière. Samedi au soir (avril 1771)
Voilà une bien longue lettre ; n’allez pas vous flatter que cela se répète souvent ; c’est au-dessus de mes forces, mais je n’en aimerai pas moins le bon Condorcet. Adieu donc. Lundi 16 septembre (1771)
Vous savez que madame de Meulan arrive demain. Je n’ose pas vous dire que j’ai envie de vous revoir. Je voudrais que vous fissiez ce qui vous fera le moins de mal possible, soit de rester, soit de venir. A Paris, ce 1er novembre (1771)
Faites-vous effort. Abandonnez une chimère, dont vous n’obtiendriez jamais ni plaisir ni consolation. Soyez heureux par vos amis et ne leur donnez pas le chagrin de vous voir dégrader en vous rendant esclave d’une personne dont vous dites vous-même que vous ne serez jamais l’ami. Ce 14 juin (1772)
Il y aura demain quinze jours que moi ni personne n’avons eu de nouvelles de M. de Mora, ni de sa famille ; ils n’auront pas rencontré le courrier de Bayonne à Saragosse, où ils doivent être du premier ; ainsi je compte apprendre demain des nouvelles de sa santé. La quantité de sang qu’il a perdu lui a ôté la moitié de son existence morale. Mardi, 11 heures et demie (octobre 1772)
Je n’entends pas, bon Condorcet, pourquoi la vie vous paraît aussi pesante qu’à moi ; mais soit que ce sentiment soit fondé ou non, je suis fâchée qu’il soit dans votre âme. Avec de grands talents, beaucoup d’activité, une assez bonne santé, beaucoup d’amis, une fortune honnête, comment arrive-t-il que vous soyez à mon ton sur le dégoût de cette triste vie ? Mardi, 19 octobre 1773
Bon Condorcet, pouvez-vous, avec beaucoup d’esprit, beaucoup de délicatesse et surtout beaucoup de discrétion, demander à madame la duchesse d’Anville si elle voudrait avoir la bonté de donner deux places à deux personnes qui trouveraient un grand plaisir à avoir l’honneur de faire le voyage de Versailles avec elle et avec vous, bon Condorcet. Ce second voyageur est M. de Guibert. Ce mercredi, 7 heures (1775)
Il y avait un temps infini que je n’avais eu de vos nouvelles, bon Condorcet, et je m’en serais plaine si j’en avais eu la force. Mais je viens d’avoir un redoublement de tous mes maux, qui ne m’a laissé aucun usage de mes facultés. J’ai gardé mon lit. J’ai souffert ; j’ai haï la vie, j’ai invoqué la mort ; mais depuis le bûcheron, elle est sourde aux malheureux ; elle a peur d’être encore repoussée. Oh ! qu’elle vienne ! et je fais serment de ne lui pas donner de dégoût et de la recevoir au contraire comme ma libération. Ce mardi, 17 octobre 1775